
Après s’être qualifiée pour le BLAST.tv Austin Major via le MRQ sud-américain, et avoir récemment remporté le tournoi FiRE eLEAGUE en Amérique du Sud, Imperial espère faire sensation lors du premier Major de 2025.
Désormais bien installée avec une composition qui a connu sa dernière arrivée en janvier avec chayJESUS, l’équipe menée par le coach zakk affiche de grandes ambitions : selon lui, ne pas atteindre la phase 2 serait un échec.
À l’approche du Major, nous avons discuté avec zakk et l’IGL VINI du fonctionnement des « écoles de CS » au Brésil, de leur expérience avec le système VRS, et d’un tournoi un peu particulier… disputé dans une station de métro.
On commence avec toi VINI. On est déjà cinq mois après le début de l’année, comment tu juges ton parcours jusqu’à présent ?
VINI : Franchement, c’est assez compliqué. Il y a eu pas mal de hauts et de bas : on se qualifie pour des tournois, on y va… on perd, on est nuls [rires], puis on gagne des trucs en Amérique du Sud. Mais je sais pas comment, Valve ne nous donne pas assez de points pour se qualifier.
Du coup, on est toujours dans un entre-deux : on se bat pour atteindre les grandes scènes, mais dès qu’on y arrive, il faut performer. Sinon, c’est trois mois de travail pour revenir à ce niveau.
Photo: Stephanie LindgrenEt toi, zakk ? D’un point de vue coaching, qu’est-ce qui ressort comme axes de travail dans l’équipe ?
zakk : On a changé un joueur en janvier : on a remplacé felps par chayJESUS, et ça a changé beaucoup de choses dans notre structure et notre manière d’aborder le jeu, surtout côté T.
Tout notre T side était très basé sur le style de felps, donc il a fallu réapprendre. C’est une première moitié de saison difficile, mais je pense qu’on est sur la bonne voie. Il faut continuer à bosser dur.
Tu as mentionné chayJESUS. Comment s’intègre-t-il à l’équipe ?
zakk : Je vois le CS brésilien comme un ensemble d’écoles différentes, avec des approches et des “professeurs” différents.
chay jouait avec TACO avant, et je pense que c’est un très bon mentor. Il est arrivé ici avec une bonne base, et quand tu as les fondamentaux solides, tu es déjà à mi-chemin du niveau pro.
Il est très humble, à l’écoute, bosseur. c’est un plaisir de l’avoir
Tu peux expliquer un peu plus ce que tu veux dire par « écoles de CS » ? Tu parles des gens qui viennent des équipes de FalleN ?
zakk : Exactement. Il y a la « team FalleN », c’est-à-dire tous ceux qui ont joué avec lui : fer, TACO, coldzera, etc. Ils ont une certaine façon d’aborder le jeu.
Et de l’autre côté, tu as ceux de FURIA, comme arT, ou même VINI qui y jouait à l’époque, eux ont une vision différente. C’est un peu Gryffondor contre Serpentard au Brésil.
chay a appris auprès de TACO, et aussi un peu auprès d’arT. Il a eu une bonne combinaison des deux.
Photo: Stephanie LindgrenEt alors entre FURIA et l'ancien roster SK, c’est qui Gryffondor et c’est qui Serpentard ?
zakk (rires) : Je vous laisse deviner, VINI ?
VINI : Je connais même pas la différence, j’ai jamais vu Harry Potter.
zakk: Bro...
OK, on va dire que Gryffondor, c’est les gentils, et Serpentard, les méchants. Ça t’aide ?
VINI : Ah ouais [rires]. Ben j’ai été dans les deux camps, donc je sais pas trop.
zakk : VINI, c’est un Poufsouffle.
VINI, est-ce que le fait d’avoir été dans ces deux "écoles" t’a aidé à évoluer en tant que joueur ?
VINI : Je pense, oui. Au début, c’était dur de m’adapter. Quand j’ai rejoint FalleN, je comprenais pas sa manière de penser. Je me disais : "Pourquoi tu fais ça comme ça ? Pourquoi tu push pas ?".
Les timings étaient super lents, tout était structuré. À l’inverse, arT jouait très vite, prenait l’espace rapidement, mais tu gagnais ou perdais en 30 secondes. Aujourd’hui, ces deux styles sont dépassés. On ne peut plus jouer comme ça. Je dirais qu’on joue un CS plus proche de l’école française. Les CTs sont hyper agressifs, et l’avantage au peeker aide beaucoup les T, donc tout le monde abuse du skill. C’est un jeu bizarre en ce moment.
Photo: Stephanie LindgrenEn parlant de choses étranges, vous avez joué la FiRE eLeague à Buenos Aires… dans une station de métro ! C’était comment ?
VINI : C’était génial !
Bon, je sais pas si c’était génial pour les spectateurs, parce que les trains passaient devant les écrans… mais pour nous, c’était super.
On faisait des petites strats parce qu’on savait qu’on pouvait rush quand le train passait, personne entendait rien [rires]. Le tournoi s’est bien déroulé, pas de retard, les PCs étaient bons. On a passé un très bon moment.
Et les trains, ça impactait vraiment les rounds ?
VINI : Parfois, ouais, à cause du bruit. Les trains étaient pas hyper bruyants, mais tu les entendais in-game. Sur Nuke par exemple, on pouvait clairement en abuser.
Tu as évoqué le système VRS, VINI et le fait de ne pas avoir assez de points pour jouer à l'international. Quel est ton ressenti cette année ?
VINI : Très mauvais. Vraiment très mauvais.
Tu regardes l’Amérique du Nord : ils gagnent un tournoi, prennent 50k $ et presque 100 points VRS. Nous, on gagne en Amérique du Sud, on a des bons points HLTV… mais seulement 40 VRS.
Je sais même pas comment ça fonctionne. Je joue les tournois et j’espère que ça montera.
Photo: Stephanie LindgrenEt toi zakk, tu penses qu’il y a des choses à améliorer ?
zakk : C’est compliqué… En Asie, ils ont eu 3-4 tournois à 100–150k$ en quelques mois. Nous, en cinq mois, juste la FiRE eLeague.
En NA, il y a Fragadelphia, qui fait venir des équipes européennes et donne pas mal de points. Et l’Europe, n’en parlons pas, c’est la capitale du CS. Il faudrait un minimum d’événements par région, pour que tout le monde ait une vraie chance sans devoir voyager dans une autre région. Ce serait bénéfique pour tout le monde en Amérique du Sud, mais je sais pas trop, je pense que c'est compliqué.
selon vous, ça arrive maintenant ?En regardant la scène sud-américaine, vous avez try dans votre équipe depuis un certain temps, mais on a aussi vu récemment FURIA et paiN s’éloigner du modèle 100 % brésilien. Qu’est-ce que vous en pensez, et pourquoi, selon vous, ça arrive maintenant ?
zakk : Personnellement, je trouve ça très bien. C’est comme ce qu’on disait en rigolant sur les écoles de Counter-Strike : si tu ramènes un joueur comme YEKINDAR, qui vient de Lettonie et qui a énormément d’expérience avec plein d’équipes et de joueurs différents, il va forcément avoir une autre vision du jeu et des rounds.
Je pense que ça peut aider tout le monde autour de lui. Et ces joueurs-là vont ensuite transmettre ce qu’ils ont appris à d’autres, et ça crée un réseau d’échange d’informations sur comment aborder le jeu autrement. Le Brésil a besoin de ça en ce moment. Je ne dirais pas qu’on est perdus, mais il y a quelques années, notre niveau nous permettait de gagner des tournois ou au minimum de viser les playoffs. Aujourd’hui, je ne vois plus aucune équipe brésilienne capable de rivaliser avec les équipes tier one.
Donc je pense que si on partage plus d’informations, plus d’expériences, on peut réussir à faire évoluer la scène dans son ensemble.
Et toi VINI, tu penses que c’est une bonne chose pour le CS sud-américain que des joueurs comme try soient intégrés dans les équipes, ou que des structures comme paiN s’internationalisent ?
VINI : Oui, je pense que c’est une bonne stratégie, et même une nouvelle façon de construire une équipe. C’est comme ça que FaZe a commencé, il y a sept ou huit ans, et ensuite tout le monde est passé en international.
Le problème au Brésil, c’est que beaucoup de joueurs ne parlent pas anglais, donc ramener des Européens ou des Asiatiques n’a pas toujours de sens. Il faut pouvoir communiquer, et là-dessus, on a un vrai retard. Il y a aussi la question des buyouts : tu ne peux pas recruter les meilleurs joueurs parce qu’ils sont verrouillés dans leurs organisations. C’est sûrement pour ça que FURIA et paiN vont chercher des joueurs à l’étranger. En ce moment, c’est presque impossible de recruter au sein du Brésil, et c’est aussi une des raisons pour lesquelles la scène brésilienne n’a pas autant évolué.
Photo: Stephanie LindgrenEn regardant vers le Major, comment tu te sens à l’idée d’affronter B8 pour votre premier match ?
VINI : C’est une très bonne équipe en ligne. Ils participent à tous les tournois tier 2, je ne sais pas s’ils en gagnent beaucoup, mais ils jouent énormément, donc ils vont arriver au Major avec pas mal d’expérience. Personnellement, je suis à l’aise contre n’importe quel type d’adversaire, donc on va se préparer sérieusement et on aura beaucoup de matière pour les analyser.
Après, ça va surtout dépendre de leurs individualités. C’est une équipe jeune, et ils vont avoir la pression que représente un premier Major — à nous d’en profiter.
Quels sont vos objectifs pour ce Major ?
zakk : Pour moi, ne pas atteindre la phase 2 serait un échec. C’est notre objectif principal.
On va avoir deux semaines de préparation, et je pense que c’est assez de temps pour battre n’importe quelle équipe qu’on croisera.
BLAST ApS., Hauser Plads 1, 3., 1127 Copenhagen